Un peu d'harmonie · les accords « étrangers »

Chez Mozart et Beethoven, certains accords sortent de la tonalité pour colorer le chemin vers la cadence. Les reconnaître change la façon de jouer : on sait où la musique se tend, ce qu'il faut faire entendre, et on garde la pulsation au moment où l'harmonie surprend.

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  1. Dans chaque partition, l'accord étranger est écrit en toutes lettres au-dessus de la portée, à l'endroit exact où il sonne, et ses notes sont en couleur : napolitain sixte augmentée septième diminuée. Dans les modèles, les accords ordinaires (tonique, dominante) sont écrits en gris.
  2. Le renversement dit quelle note de l'accord est à la basse : état fondamental = la fondamentale à la basse ; 1er renversement = la tierce à la basse ; 2e renversement = la quinte à la basse ; 3e renversement (accords de septième) = la septième à la basse.
  3. Dans les traités d'harmonie, tu trouveras ces abréviations : N⁶ = napolitain au 1er renversement ; ♭II = napolitain à l'état fondamental ; It⁺⁶, Fr⁺⁶, Ger⁺⁶ = sixtes augmentées italienne, française, allemande ; vii°⁷ = septième diminuée ; V⁷ = accord de dominante avec septième (en do : sol–si–ré–fa), le chiffre 7 signifiant qu'on ajoute la septième au-dessus de la fondamentale.
  4. La sixte augmentée se nomme par son intervalle caractéristique : la sixte augmentée entre la basse (6e degré abaissé) et la voix haute (4e degré haussé).

1. L'accord napolitain

  1. Ce que c'est : l'accord majeur construit sur le 2e degré abaissé. En do mineur : ré♭ – fa – la♭. Presque toujours au 1er renversement, avec la basse sur fa (« sixte napolitaine »).
  2. Où il va : vers la dominante (V), souvent en passant par le i⁶₄. Le ré♭ descend vers le si♮ : une tierce diminuée très expressive.
  3. Comment le reconnaître : en mineur, un bémol de plus sur le 2e degré, juste avant la cadence.
  4. Comment le jouer : c'est un moment de couleur sombre, pas un arrêt. Laisser sonner la basse, timbrer le ré♭ du dessus, et ne pas ralentir : la dominante doit arriver à sa place.
  5. À faire au piano : jouer le modèle ci-dessous (tonique – napolitain – dominante – tonique) dans les 12 tonalités mineures, mains ensemble, ♩ = 60, en chantant la voix du dessus.
Modèle en do mineur : tonique – napolitain (1er renversement, fa à la basse) – dominante – tonique

Exemples

Beethoven, Sonate op. 27 n°2 « Clair de lune », I, m. 1-4 — napolitain à la m. 3, 2e moitié : ré–fa♯–la, 1er renversement (fa♯ à la basse), en do♯ mineur
Mozart, Sonate K. 310 en la mineur, I, m. 118-120 — napolitain à la m. 119 : si♭–ré–fa, 1er renversement (ré à la basse), puis septième diminuée sol♯–si–ré–fa, 2e renversement (ré à la basse), avant la cadence
Beethoven, Sonate op. 31 n°2 « La Tempête », I, m. 9-11 — napolitain à la m. 10, 4e temps : mi♭–sol–si♭, 1er renversement (sol à la basse), en ré mineur
Beethoven, Sonate op. 57 « Appassionata », I, m. 1-10 — rythme harmonique : tonique (m. 1-2), dominante (m. 3-4), puis le thème répété un demi-ton plus haut : quatre mesures sur le napolitain à l'état fondamental (levée de ré♭ m. 4, sol♭ à la basse m. 5-8). Il se résout sur la dominante do majeur à la m. 9, et la m. 10 le résume à la basse : ré♭ → do

2. La sixte augmentée (italienne, française, allemande)

  1. Ce que c'est : un accord dont les deux notes extérieures forment une sixte augmentée : le 6e degré abaissé à la basse (la♭) et le 4e degré haussé en haut (fa♯), qui s'écartent vers la même note, la dominante (sol). En do mineur : italienne la♭–do–fa♯ ; française la♭–do–ré–fa♯ ; allemande la♭–do–mi♭–fa♯.
  2. Où il va : vers V (ou i⁶₄ puis V). La♭ descend, fa♯ monte : les deux mains s'ouvrent en éventail vers sol.
  3. Comment le reconnaître : un dièse (4e degré haussé) et un bémol (6e degré) dans le même accord, juste avant la dominante.
  4. Comment le jouer : faire entendre les deux voix extérieures qui s'écartent ; c'est le point de plus forte tension avant la cadence. Ne pas freiner : la résolution arrive sur le temps.
  5. À faire au piano : le modèle tonique – sixte augmentée italienne – dominante – tonique dans les 12 tonalités mineures, puis les versions française et allemande.
Modèle en do mineur : tonique – sixte augmentée italienne (la♭ à la basse) – dominante – tonique

Exemples

Mozart, Sonate K. 457 en do mineur, I, m. 139-141 — sixte augmentée allemande à la m. 140 : la♭–do–mi♭–fa♯, la♭ (6e degré) à la basse, mi♭ à la main droite, puis dominante
Beethoven, Sonate op. 31 n°2 « La Tempête », I, m. 3-6 — sixte augmentée italienne à la m. 5, 4e temps : si♭–ré–sol♯, si♭ (6e degré) à la basse, résolue sur la (dominante) avant l'Adagio
Beethoven, Sonate op. 10 n°1, III, m. 1-4 — sixte augmentée italienne à la m. 3 : la♭–do–fa♯, la♭ à la basse ; le mi♭ et le ré de la mélodie la colorent en passant (allemande, française)

3. La septième diminuée

  1. Ce que c'est : quatre notes empilées en tierces mineures. En do mineur : si♮ – ré – fa – la♭. Il n'en existe que trois différentes : chacune peut mener vers quatre tonalités.
  2. Où il va : vers la tonique (ou vers une autre tonalité : c'est l'accord-pivot préféré de Beethoven).
  3. Comment le reconnaître : la sensible (si♮) avec la♭ au-dessus ; dans les arpèges et les trémolos, un son « suspendu », dramatique.
  4. Comment le jouer : grande tension, mais toujours dans le tempo. Doser les quatre notes de façon égale ; dans les arpèges, garder la main ouverte et souple.
  5. À faire au piano : le modèle tonique – septième diminuée – tonique dans les 12 tonalités mineures ; puis les trois septièmes diminuées en arpèges sur deux octaves.
Modèle en do mineur : tonique – septième diminuée (si♮ à la basse, état fondamental) – tonique

Exemples

Beethoven, Sonate op. 13 « Pathétique », I (Grave), m. 1-2 — septième diminuée à la m. 1 : fa♯–la–do–mi♭, état fondamental (fa♯ à la basse), septième diminuée qui mène vers la dominante
Mozart, Sonate K. 457 en do mineur, I, m. 1-5 — septième diminuée à la m. 4 : si♮–ré–fa–la♭, 1er renversement (ré à la basse)

Exemples extraits des éditions numériques Humdrum des sonates de Beethoven et de Mozart (Craig Sapp), domaine public ; gravure Verovio.